Un apport en nature correspond au transfert de biens (matériels ou immatériels) par un associé à sa société, lors de la constitution ou d’une augmentation de capital. Cette alternative aux apports en numéraire permet à l’apporteur de valoriser ses actifs existants pour constituer le capital social, après une évaluation précise qui garantit leur juste valeur. Ce processus s’inscrit parmi les frais de création d’entreprise à anticiper.
Apport en nature : définition et rôle dans le capital
Définition juridique
Un apport en nature correspond à la mise à disposition d’un bien autre qu’une somme d’argent au profit d’une société. Il peut s’agir de biens matériels (véhicule, ordinateur, machine) ou immatériels (marque, brevet, clientèle). Ces apports constituent une partie du capital social et doivent être intégralement libérés dès la création de l’entreprise. Leur valeur doit être précisément mentionnée dans les statuts de la société.
Pourquoi l’utiliser ?
L’apport en nature présente plusieurs avantages dans la constitution du capital. Il permet à un associé de contribuer au démarrage de l’entreprise sans mobiliser de trésorerie. C’est une solution particulièrement adaptée lorsqu’un entrepreneur dispose déjà d’équipements ou de biens nécessaires à l’activité. En contrepartie de cet apport, l’associé reçoit des parts sociales ou des actions qui lui confèrent des droits de vote et une participation aux bénéfices proportionnelle à son apport.
Comparaison avec apports en numéraire et industrie
Dans l’ensemble des apports possibles, l’apport en nature se distingue des deux autres types d’apport. Contrairement à l’apport en numéraire qui correspond à une somme d’argent déposée sur un compte bancaire, l’apport en nature concerne des biens physiques ou incorporels. L’apport en industrie, quant à lui, consiste en un savoir-faire, des compétences ou du travail, et ne participe pas à la formation du capital social, bien qu’il donne droit à des parts sociales. Chaque type d’apport répond à des règles juridiques spécifiques.
Les formes d’apport en nature : propriété, jouissance, usufruit
Apport en propriété
L’apport en propriété constitue la forme la plus complète de contribution à une société. Dans ce cas, l’associé transfère l’entière propriété du bien à la société qui devient propriétaire à part entière. Ce transfert s’opère dès l’immatriculation de l’entreprise au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS). La société peut alors utiliser, percevoir les fruits et disposer librement du bien, y compris le vendre ou le détruire.
Apport en jouissance
Contrairement à l’apport en propriété, l’apport en jouissance est une simple mise à disposition temporaire. L’associé reste propriétaire du bien mais accorde à la société le droit de l’utiliser pendant une durée déterminée. Aucun droit réel n’est transféré, seul l’usage (l’usus) est concédé. La durée est librement convenue et peut correspondre à la durée de vie de l’entreprise. À l’issue de cette période, l’associé récupère son bien qui n’est jamais entré dans le patrimoine de la société.
Apport en usufruit
L’apport en usufruit représente une solution intermédiaire. L’associé conserve la nue-propriété du bien mais cède à la société deux droits distincts : l’usage du bien (usus) et la perception des revenus qu’il génère (fructus). Il s’agit d’un véritable démembrement de propriété avec transfert d’un droit réel. La durée de cet apport ne peut excéder 30 ans ni la durée de vie de l’usufruitier.
- Avantages : Protection contre les créanciers de la société, récupération garantie du bien, valorisation dans le capital social
- Inconvénients : Complexité juridique, durée limitée, évaluation parfois difficile, restrictions d’usage pour la société

Conditions et formalités pour réaliser un apport en nature
Pièces à fournir et rédaction des statuts
Pour réaliser un apport en nature, plusieurs documents justificatifs sont indispensables. L’apporteur doit d’abord prouver sa propriété sur le bien qu’il souhaite apporter à la société. Cette preuve peut prendre la forme de factures, titres de propriété ou autres documents pertinents qui seront annexés aux statuts. L’engagement de transfert de propriété doit être formalisé par écrit, soit directement dans les statuts de la société, soit dans un contrat d’apport distinct annexé à ceux-ci. La description précise des biens apportés (nature, état, caractéristiques) et leur évaluation doivent figurer clairement dans ces documents avant le dépôt du dossier pour l’immatriculation RCS.
Nomination éventuelle d’un commissaire aux apports
La nomination d’un commissaire aux apports n’est pas systématiquement obligatoire. Elle devient nécessaire lorsque certains seuils réglementaires sont atteints. Pour une SARL ou EURL, cette nomination est requise si la valeur d’un apport en nature dépasse 30 000 € ou si la valeur totale des apports en nature représente plus de la moitié du capital social. Le commissaire vérifie l’existence, la nature et la propriété des biens apportés, puis établit un rapport d’évaluation qui doit être annexé aux statuts. Les associés peuvent contester cette évaluation, mais ils seront alors solidairement responsables de la valeur qu’ils attribuent aux apports pendant cinq ans.
Évaluation de l’apport et rôle du commissaire aux apports
Méthodes d’évaluation
L’évaluation des apports en nature nécessite une approche méthodique pour garantir leur juste valeur. Le commissaire aux apports utilise plusieurs techniques complémentaires : l’analyse de la valeur de marché des biens similaires, l’étude des transactions comparables, et l’estimation des coûts de remplacement. Chaque bien apporté fait l’objet d’une évaluation distincte et d’une description précise dans les statuts. Cette évaluation vise à protéger les intérêts des associés et des tiers, en évitant toute surévaluation qui pourrait créer une représentation déséquilibrée au sein de la société. À l’issue de sa mission, le commissaire rédige un rapport qui doit être annexé aux statuts.
Seuils dispensant de commissaire
Dans certains cas, la nomination d’un commissaire aux apports n’est pas obligatoire. Les seuils de dispense varient selon la forme juridique de l’entreprise, comme l’indique la fiche Service-public.
| Forme sociale | Valeur maxi d’un bien | Commissaire obligatoire ? |
|---|---|---|
| SARL/EURL | 30 000 € et moins de 50% du capital | Non |
| SAS/SASU | 30 000 € | Non |
| SA | Aucun seuil de dispense | Oui |
Pour bénéficier de cette dispense, les associés doivent prendre une décision unanime, documentée dans les statuts. Cette décision les engage solidairement pendant cinq ans sur l’évaluation des apports, avec une responsabilité accrue concernant la garantie contre l’éviction. Le président du tribunal peut être saisi en cas de désaccord sur la nomination du commissaire.
Apport en nature : règles spécifiques SAS/SASU, SARL, SCI et EURL
En SAS et SASU
Dans les sociétés par actions simplifiées, les apports en nature doivent être libérés intégralement dès la constitution de la société. Depuis 2017, les règles ont été assouplies : le recours à un commissaire aux apports n’est plus systématiquement obligatoire. Il devient facultatif lorsque la valeur d’un bien n’excède pas 30 000 € et que le total des apports en nature représente moins de la moitié du capital social. Ces apports contribuent directement à former le capital social, mentionné dans les statuts.
En SARL et EURL
Pour les SARL et EURL, les règles sont similaires à celles des SAS. Les apports en nature doivent être intégralement libérés dès la création. La nomination d’un commissaire aux apports est obligatoire uniquement si la valeur d’un apport dépasse 30 000 € ou si les apports en nature représentent plus de la moitié du capital social. À défaut d’accord unanime des associés, le commissaire est désigné par décision de justice.
Dans une SCI
Dans une SCI, les apports en nature doivent également être libérés immédiatement et intégralement à la création. Particularité notable : le recours au commissaire aux apports n’est jamais requis pour une SCI, quelle que soit la valeur des biens apportés. Il est toutefois recommandé d’évaluer les biens au plus juste pour éviter tout litige ultérieur entre associés ou avec l’administration fiscale.
Cas particuliers d’autres sociétés
Pour les SA, l’article L225-8 Code de commerce impose systématiquement la désignation d’un ou plusieurs commissaires aux apports, sans condition de seuil. Les personnes morales réalisant des apports en nature sont soumises à des obligations de publication spécifiques. Quant aux entreprises individuelles, elles peuvent apporter leur fonds de commerce lors de la transformation en société, nécessitant alors une évaluation précise des éléments incorporels et corporels.
Comptabilisation de l’apport en nature et impact au bilan
Écriture comptable initiale
La comptabilisation d’un apport en nature suit une logique précise dans les comptes de l’entreprise. Lors de l’enregistrement initial, on débite un compte de classe 2 (immobilisations corporelles ou incorporelles) correspondant à la nature du bien apporté, par le crédit du compte 101 (Capital social). Cette opération traduit l’augmentation simultanée de l’actif immobilisé et des capitaux propres au bilan de l’entreprise.
Contrairement aux apports en numéraire qui peuvent être partiellement libérés, les apports en nature doivent être intégralement libérés dès la constitution de la société. La valeur totale des apports apparaît donc immédiatement au bilan, à l’actif dans les immobilisations et au passif dans le capital social.
Suivi et amortissement des biens
Les biens apportés en nature suivent le même régime d’amortissement que les biens acquis par achat. L’entreprise doit comptabiliser des dotations aux amortissements régulières qui reflètent la dépréciation du bien dans le temps. Cette opération se traduit par le débit du compte 6811 (Dotations aux amortissements) et le crédit d’un compte 28 (Amortissements des immobilisations).
Au bilan, l’impact est double : la valeur nette comptable du bien diminue à l’actif, tandis que le résultat au passif intègre la charge d’amortissement. Le capital social, quant à lui, reste inchangé, conservant ainsi la trace historique de la valeur totale des apports initiaux.
Apport en nature et augmentation de capital
Procédure pas-à-pas
L’augmentation de capital par apport en nature nécessite une procédure rigoureuse. Tout d’abord, les associés doivent signer un traité d’apport qui détaille la nature et la valeur des biens apportés. Ensuite, un commissaire aux apports doit être désigné pour évaluer objectivement ces biens. Son rapport doit être déposé au greffe huit jours minimum avant la tenue d’une assemblée générale extraordinaire. Lors de cette AGE, les associés votent l’augmentation de capital et constatent sa réalisation. La dernière étape consiste à mettre à jour les statuts et à effectuer les formalités légales auprès du greffe du tribunal.
Effets pour les associés existants
L’arrivée d’un nouvel apporteur en nature modifie la répartition des droits au sein de la société. Les associés existants peuvent voir leur pourcentage de détention dilué, sauf s’ils bénéficient de droits préférentiels leur permettant de maintenir leur position. Cette dilution affecte non seulement leur quote-part dans le capital, mais également leur pouvoir décisionnel lors des assemblées. Pour protéger leurs intérêts, les statuts peuvent prévoir des clauses spécifiques garantissant certains droits, notamment lors de la recherche de financements via des apports en nature qui augmentent la valeur totale des apports.
Exemples concrets d’apport en nature
Biens matériels
Un apport en nature peut prendre différentes formes de biens matériels, essentiels au démarrage ou au développement d’une entreprise :
- Un véhicule professionnel (voiture, camionnette) mis à disposition de la société
- Du matériel industriel comme des machines ou des équipements de production
- Du mobilier de bureau et installations professionnelles
- Des équipements informatiques (ordinateurs, serveurs, imprimantes)
Actifs immatériels
Les apports en nature peuvent également concerner des éléments incorporels à forte valeur ajoutée :
- Un brevet protégeant une innovation technique ou un procédé
- Une marque ou un logo déjà développé et reconnu
- Un savoir-faire spécifique ou une technologie propriétaire
- Un droit à des parts dans d’autres sociétés ou un fonds de commerce
Voir aussi cette vidéo sur le sujet :
FAQ sur l’apport en nature
Comment calculer un apport en nature ?
Pour calculer un apport en nature, il faut déterminer la valeur réelle du bien apporté à la société. Cette évaluation doit être la plus objective possible. Dans certains cas, un commissaire aux apports est obligatoire pour valider cette estimation, notamment dans les SAS et SARL. Pour les biens immobiliers, on se base souvent sur leur valeur de marché, tandis que pour les équipements, on considère leur valeur vénale. L’apporteur doit s’assurer que cette valorisation est juste car elle déterminera le nombre de parts sociales reçues en contrepartie.
Comment justifier un apport en nature ?
Pour justifier un apport en nature, l’apporteur doit d’abord prouver qu’il est bien propriétaire du bien apporté en fournissant les justificatifs de propriété (factures, titres, etc.). Ces documents doivent être annexés aux statuts. Une description précise des biens apportés doit figurer dans les statuts ou dans un acte séparé. Pour les apports significatifs, le rapport d’un commissaire aux apports peut être nécessaire, attestant que la valeur des biens n’est pas surévaluée par rapport aux parts sociales reçues en échange.
Quels sont les trois types d’apport en société ?
Les trois types d’apport en société sont : l’apport en numéraire (sommes d’argent versées sur un compte bancaire au nom de la société), l’apport en nature (transfert de la propriété ou de la jouissance de biens matériels ou immatériels comme des immeubles, équipements ou brevets), et l’apport en industrie (mise à disposition de connaissances techniques, savoir-faire ou services). Seuls les deux premiers types contribuent à la formation du capital social, l’apport en industrie donnant uniquement droit à des parts de bénéfices.
Comment comptabiliser un apport en nature ?
La comptabilisation d’un apport en nature se fait différemment selon qu’on se place du côté de la société ou de l’apporteur. Pour la société, on débite les comptes d’actifs correspondant aux biens reçus (immobilisations, stocks) et on crédite le compte de capital social. Du côté de l’apporteur, si le bien était inscrit à son actif, on utilise le compte 775 (produit de cession d’éléments d’actif). Pour les marchandises, on utilise le compte 707, et pour les prestations de services, le compte 706.
Comment faire un apport en nature dans une SCI ?
Pour réaliser un apport en nature dans une SCI, il faut d’abord évaluer précisément le bien immobilier à apporter. Contrairement à d’autres sociétés, l’intervention d’un commissaire aux apports n’est pas obligatoire dans une SCI, mais reste recommandée. Ensuite, il faut organiser une assemblée générale extraordinaire si la SCI existe déjà, ou l’inclure dans les statuts lors de la création. L’acte d’apport doit être rédigé par un notaire, qui procédera à la publication foncière. Les statuts devront être modifiés pour refléter ce nouvel apport et l’augmentation du capital.
Comment récupérer un apport en nature ?
Récupérer un apport en nature n’est pas simple car celui-ci est définitivement intégré au patrimoine de la société. Contrairement à un compte courant d’associé, il ne peut pas être retiré librement. Plusieurs options existent néanmoins : la réduction du capital social (procédure complexe nécessitant l’accord des associés), la liquidation de la société (qui permet de récupérer sa quote-part des actifs), ou la cession des parts sociales obtenues en échange de l’apport initial. Dans tous les cas, cette démarche implique des formalités juridiques et peut avoir des conséquences fiscales importantes.
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